ROMANA · FRANCAIS

 

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1 HISTOIRE
PAR MOIS

 

Raconter c’est un exercice de survie, un exercice dans lequel la vie rentre par surprise, sans savoir si l’histoire comporte ou non une chute, si l’histoire a une structure pensée à l’avance ou si elle est racontée à bout de souffle… Une bonne histoire c’est celle qui te fait voyager et dans laquelle chacun peut choisir son chemin, à l’extérieur ou bien à l’intérieur.

Ce mois l’histoire commence comme ça :


Le RER Saint Rémy les Chevreuses vers Roissy Charles de Gaulle est arrêté à Saint Michel - Nôtre Dame depuis une ou deux minutes, les gens sont montés ou descendus, tout le monde attend maintenant que les portes ferment.

D’en haut, sur les escaliers, on entend grand bruit de pas qui approchent en courant. Un couple, tous les deux jeunes, entre 25 et 30 ans, tous les deux habillés chic, presque business, lui il a deux valises à roulettes, elle tient dans sa main un porte documents en peau, marron, plutôt masculin. Ils s’arrêtent devant le wagon, ils se serrent très fort dans les bras, ils s’embrassent avec une passion qui fond leurs pardessus, le costume chemise cravate dispendieux, le deux pièces chic, les escarpins… Ils continuent à s’embrasser même lorsqu’on entend le signal sonore qui précède la fermeture des portes. Les portes ferment. Ils restent collés l’un à l’autre comme si le train ou sa destination n’existeraient plus. Et pourtant le train ne se met pas en marche, quelques secondes et… les portes ouvrent de nouveau. C’est comme une invitation qu’on ne peut pas refuser, ils se séparent, lui prend les deux valises, rentre dans le wagon, le signal sonore, les portes ferment de nouveau. Il reste à côté de la porte, la main droite sur la vitre, le train se met doucement en marche. On n’entend pas son cri (mais on la voit couvrant sa bouche avec la main), elle lui montre le porte documents qu’elle a toujours dans sa main. Quelques secondes de perplexité, ils ne savent pas trop quoi faire, un regard vers la tête du train qui de déplace encore lentement, le petit porte document contient peut être des papiers ou le billet d’avion. Elle est la première à trouver l’idée et, à partir de ce moment, ils agissent comme UN SEUL ÊTRE. Elle marche au long du wagon, frappe avec la main dans la fenêtre, il comprend, l’ouvre de l’intérieur et, juste avant que le train accélère et devient impossible à suivre, elle arrive à glisser le porte documents sur la fenêtre, dans ses mains. Leur main droite a le temps de se soulever encore une fois et le train rentre dans le ventre de Paris.

Dans le wagon, quelques secondes, on entend juste le bruit rythmique du train. Des spectateurs muets, tous, à cette scène sans paroles.

L’homme est assis sur la banquette bleue, bordée de rouge, la tête en arrière, les yeux fermés.

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